Simone Weil: Dieu, la puissance manifestée dans la faiblesse

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foucart
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Simone Weil: Dieu, la puissance manifestée dans la faiblesse

Message par foucart » ven. mai 01, 2009 8:03 am

A l'occasion du centenaire de sa naissance, de nombreux livres sont parus concernant la philosophe juive Simone Weil (décédée en 1943) et qui s'est convertie après une longue et ardente quête de vérité (elle était athée et militante communiste au départ de sa recherche). Parmi de nombreux articles, j'ai découvert une vision un peu inhabituelle de Dieu, que j'aimerais partager.

Selon Simone Weil, une loi gouverne la relation entre le surnaturel et les choses naturelles: c'est que l'ordre supérieur, donc infiniment au-dessus, ne peut apparaître dans l'ordre inférieur, que par un infiniment petit. L'illustration de cette règle lui apparaît dans l'Ecriture à tous moments, et dans l'Evangile notamment:

- Dans l'Incarnation, il y a ce même "mouvement de retrait"que dans la création: Noël, c'est Dieu bébé, Dieu infiniment fragile, qui ne peut même pas marcher et qui aura besoin de grandir, apprendre, devenir. Si, à la fête de Noël, nous éprouvons une forme de crainte, c'est ici la faiblesse qui force le respect. Quiconque, pour la première fois de sa vie, a reçu dans ses bras un nouveau-né, connaît ce sentiment très particulier.

- Le lavement des pieds: Dieu se fait l'esclave de ceux à qui Il dit pourtant: vous avez raison de m'appeler le Seigneur et le Maître car je le suis.

- La Passion ressemble à une vengeance qu'exerce l'homme du fait que Dieu ne soit pas un roi à la manière humaine. "On a tué le Christ par colère, parce qu'il n'était que Dieu", dit Simone Weil. On voudrait que Dieu soit jaloux de son pouvoir et qu'il offre sa protection à ceux qui le servent servilement. Mais la Passion, c'est juste le contraire, c'est Dieu s'abandonnant à l'homme et qui nous dit partout: c'est à toi qu'il revient de me protéger, c'est à toi qu'il revient de donner à manger à qui meurt de faim, c'est à toi de faire la vérité là où règne le mensonge.

- Dans l'Eucharistie, enfin, aboutit le mouvement de Dieu. L'Eucharistie, c'est Dieu qui consent à être présent dans un simple bout de pain. L'Eucharistie est en ce sens le symbole parfait: la partie matérielle du symbole, la plus simple qui soit (un bout de pain) est investie du sens le plus grand: la présence de Dieu parmi les hommes.

Je n'ai fait que résumer un peu ce que j'ai lu. En finissant, j'ai songé à l'horrible jeu des chaises musicales. Vous savez bien, dix joueurs courent autour de neuf tabourets pendant que la musique passe. Au moment où la musique s'arrête, tous s'assoient - sauf un. Eh bien, je me suis dit que Dieu, du moins dans la pensée de Simone Weil, a inventé le jeu de chaises musicales, non pour y gagner, mais pour y perdre à chaque fois.
Incarné en Jésus-Christ, Dieu prend toujours la dernière place, et jamais la première - alors qu'il est le seul parmi tous à pouvoir revendiquer un trône.
Dieu n'a qu'un front : Lumière
Et n'a qu'un nom : Amour !

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